3 ans, 8 mois et 21 jours

Publié le par rvetrv

Trois ans, huit mois et vingt et un jours, c'est la duree pendant laquelle le Lycee Tuol Svay Prey est devenu, au coeur de Phnom Penh, et durant les annees les plus sombres de l'histoire cambodgienne, une prison de haute securite appelee S-21. En ces lieux, des dirigeants khmers rouges ont fait subir les pires tortures aux opposants du regime et a leurs familles. Chaque prisonnier etait photographie avant et apres les atrocites. Tout etait minutieusement detaille dans les registres du centre de detention. A l'apogee de la barbarie, plus de 5.000 personnes sont mortes ici au cours de l'annee 1978. D'autres personnes vivantes ont ete transferees a Choeung Ek (denomme The Killing Fields) pour y etre achevees a coups de matraques - tout cela pour ne pas gacher de ''precieuses'' munitions - puis precipitees dans des fosses communes. Entre 1975 et 1978,  plus de 16.000 hommes, femmes et enfants y ont subi des sévices avant d'être massacres.


Phnom Penh - Musee du genocide de Tuol Sleng

Aujourd'hui, l'ancienne ecole transformee en prison reste dans son etat d'origine au beau milieu d'une ville en plein changement ou des batiments futuristes et polychromes poussent a chaque coin de rue. Dans la cour centrale sous les frangipaniers en fleur, se trouvent 14 tombes, celles des dernieres victimes trouvees ici par les vietrnamiens lors de la liberation de Phnom Penh en 1979. Au fond, se tient une haute balancoire a l'origine prevue pour l'entrainement des eleves a la corde a noeuds, mais cyniquement transformee en sinistre potence. De minuscules cellules individuelles occupent les classes des deux derniers etages du batiment central qui nous fait face. Celui-ci est recouvert, de haut en bas, d'un fin maillage de fils de fer barbeles prevu pour prevenir les eventuels suicides des victimes lors des transferts. Des salles entieres sont tapissees de centaines de visages anonymes. Certains ont des regards remplis d'une terreur palpable, d'autres affichent un sourire combatif, mais tous semblent conscients du fait que la mort les attend au bout d'un calvaire atroce. Les ignominies furent telles que meme l'enfer peut sembler plus doux en comparaison.



Cette visite marquante affine notre regard sur le peuple cambodgien. Herve D repense a ce coiffeur de Siem Reap qui semblait marque par les evenements du passe. Automatiquement des questions emergent. Ou se trouvait-il au moment des exactions ? A-t-il souffert dans les rizieres comme la plupart de ses congeneres ? A-t-il combattu aupres des khmers rouges par ideologie aveugle ? Ou bien pire encore ? Aujourd'hui, le peuple cambodgien vit toujours au cote de ses bourreaux. Il va de soi que la vengeance n'est pas une solution, mais il subsiste des zones d'ombre au sujet de certaines alliances politiques qui meriteraient grandement d'etre revelees et expliquees pour permettre a tous d'entamer un deuil national digne de ce nom.

              

Jusqu'a present, les dirigeants khmers rouges sont restes non juges, impunis pour la plupart. Ceci s'explique par le fait qu'ils ont ete soutenus tour a tour aussi bien par le Vietnam, la Chine, la Thailande et meme par les Etat Unis et le Royaume Uni pour des raisons de strategie geopolitique. Ainsi places au milieu d'un echiquier dont les adversaires se sont servis tour a tour des khmers rouges, les cambodgiens sont les dindons de cette "farce meurtriere". Mais, a defaut d'entrer dans le detail des faits qui pourrait egratigner tout un chacun, le peuple focalise toutes ses rancunes sur un seul homme : Pol Pot.



Aujourd'hui, il n'y aurait qu'une vingtaine de psychologues au Cambodge. Pourquoi aussi peu de praticiens ? La question reste entiere. Partages entre optimisme et pessimisme, nous nous demandons si cela provient d'une vie quotidienne n'engendrant que tres peu de desordres psychologiques, ou bien si ce faible chiffre ne cache pas plutot la realite d'une nation toute entiere refoulant ses horreurs passees. Il y a assurement des deux dans l'explication et ceci est variable selon les lieux. A l'oppose de l'accueil remarquable des habitants de la region de Siem Reap et d'Angkor, nous avons rencontre des visages plus fermes a Phnom Penh et dans le sud du pays. On est ainsi facilement amene a constater qu'il y a encore quelque chose de cache et de casse derriere les visages de ces gens tantot impulsifs, tantot clowns tristes.



Aujoud'hui, l'histoire nous rattrape, mais certes un peu tard. Bien que Pol Pot soit mort et reste impuni, le proces sans precedent d'un ancien responsable khmer rouge, Kaing Guek Eav, alias "Douch", vient de debuter à Phnom Penh. Ancien chef du centre de detention S-21, l'individu est poursuivi pour crimes de guerre, crimes contre l'humanité, tortures et homicides commis il y a trois décennies. Il n'est jamais trop tard pour faire la lumiere sur les faits. Cette page sanglante de l'histoire du Cambodge est en definitive recente.

Nous nous rememorons tous deux nos belles annees d'enfance passees a cette epoque en France en primaire et qui tranchent de facon significative avec ces faits atroces. Encore une fois, preuve est faite que par rigueur ideologique et politique extreme, des individus peuvent devenir des monstres incontrolables. Le devoir de memoire demeure une imperieuse necessite.

Publié dans Cambodge

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laurence&christophe 25/05/2009 11:05

bonjour à vous 2,nous vous souhaitons un bon retour en france,et encore merci pour ce beau voyage que vous nous avez fait découvrir,à bientot..........laurence&christophe.

valou 04/04/2009 09:13

Coucou, je suis en train de lire les dernières nouvelles de votre blog ce samedi matin en buvant mon petit café, et je dois dire que ce que vous nous racontez est assez bouleversant sur le S.21.Je ne reste pas insensible à ce que vous avez dû ressentir en visitant cette école chargée d'histoire, malheureusement dramatique. Sans doute un autre moment très fort de votre voyage ! Biz à vous 2. VALOU