Pop Matsuri

Publié le par rvetrv

C’est a Uzumasa, petite ville situee a l’est de Kyoto que nous elisons domicile dans l’ambiance familiale de la chambre d’hotes Bola Bola situee dans un quartier populaire (5.000 yens la double sur tatamis et futons, avec cuisine et sanitaires partages, tres propre). Cette immersion dans le quotidien nippon est facilitee par les bons conseils du maitre des lieux. Les autres invites, suedois et americains, forment avec nous une sorte de petite famille partageant boites de bento et salades de fruits maison en toute convivialite lors du repas.


Uzumasa - une ambiance populaire aux portes de Kyoto

Nous sommes le 15 mai, jour du Aoi Matsuri. Ce festival qui date du 8eme siecle etait a l’origine un rite de purification shinto. Aujourd’hui, il s’agit d’une vaste procession de figurants allant du Palais Imperial au mausolee Shimogamo-jinja, en plein centre ville. Malgre l’interet des costumes de l’ere Heian, l’absence de musique rend le defile un peu monotone. Nous sommes plutot habitues au defile annuel du 14 juillet, haut en couleur et en musique.

    

   
Kyoto - le festival Aoi Matsuri

La ville de Kyoto ne compte pas moins de 2.000 edifices religieux et pour ne pas en arriver a faire une indigestion “shinto-bouddhiste”, il convient d’alterner les visites entre lieux spirituels, historiques, traditionnels et modernes. 

Pour profiter du calme et de la magnifique vue de la terrasse du temple Kyamizu-Dera qui repose sur une forêt de piliers de bois a flan de coteau, nous nous empressons d’arriver sur place tres tot, des l’ouverture a 6h30. Il s’agit du prix a payer pour eviter la foule bruyante des etudiants, si redoutée. Dans la fraîcheur des lieux, nous sommes alors recompenses de notre effort par le rituel matinal des moines priant au son du tintement de cloche.

 

   

Kyoto - le temple Kyamizu-Dera au matin

Plus loin, meme si l'aspect exterieur du temple Sanjusangen-Do - considere comme le plus long batiment en bois du monde - ne presente que peu d'interet, l’interieur est subjuguant. Dans une lumiere tamisee, nous fait ainsi face, une armada de mille et unes statues dorees representant la deesse de la misericorde Kanon. Toutes sont soigneusement alignees sur une estrade sans fin avec pour chacune une vingtaine de bras et un visage subtilement different. Cet ensemble est protege au premier plan par vingt-huit gardiens grimaçants et au centre une deesse aux proportions impressionnantes.


Kyoto - le temple Sanjusangen-Do

Encore tout emus par cette epoustouflante rencontre, nous chinons dans les brocantes environnantes des petites rues animees du quartier. Bien que les larges avenues passantes et sans ames ne soient jamais bien loin, cette flanerie nous fait decouvrir un Kyoto calme et populaire, fait de petites maisons de bois et d’echoppes tenues par de vieilles dames.


Kyoto - la passion des plantes et une certaine douceur de vivre

Kyoto - jeunes filles apprenties Geishas

Le lendemain, la pluie ajoute au romantisme de la promenade et teinte de multiples nuances les mousses le long du chemin de la philosophie pres duquel coule un vieux canal. Nous nous prenons a rever d’un jardin japonais en Normandie, avant de rejoindre le tres beau temple Nanzen-ji qui s’ouvre sur des espaces de meditation particulierement apaisants. Dans les salles donnant sur les jardins, sont exposes des paravents peints datant du 17eme siecle et d’une modernite saisissante.


Kyoto - un jardin sec au temple Nanzen-ji

Plus loin, ce qui caracterise le Ginkaku-ji, communement appele “temple d’argent”, c’est son jardin sec concu autour d’un cone de sable blanc tronque en son sommet et symbolisant une montagne. Tout autour, les graviers blancs sont chaque jour soigneusement peignes, laissant libre cours a l’imagination. Des jardiniers perches dans des pins taillent minutieusement leurs cimes a l’aide de petits secateurs. Ils agissent avec precaution et portent des chaussons de feutre aux pieds pour ne pas abimer les vegetaux. Des filets sont alors tendus pour recuperer la moindre epine tombee qui pourrait perturber le calme des bassins alentour. Tout est mis en oeuvre pour ne pas deranger l’equilibre fragile des lieux. La delicatesse de ce jardin tout en courbe et aux splendides perspectives nous enchante.


la minutie des orfevres jardiniers

 
non Saperly ! C'est pas le Fujiyama

A la difference du Ginkaku-ji qui n’a d’argent que le nom d’emprunt, le Kinkaku-ji, semblant flotter sur un miroir d’eau, est entierement recouvert de feuilles d‘or. Suite a un incendie, il a ete reconstruit dans les annees 1950. Aujourd’hui, le “temple d’or” est l’edifice le plus visite de Kyoto, de ce fait il y est bien difficile de ressentir la quietude originelle des lieux au milieu du flux continuel des touristes venus du monde entier pour decouvrir ce splendide joyau. A notre epoque, on se heurte a certaines limites et un vrai dilemme existe entre volonte de developper la culture aupres du plus grand nombre et celle de preserver la serenite des lieux.


Kyoto - le temple d'or, Kinkaku-ji

Au Japon, le 21eme siecle n’est jamais tres loin et le Shinkansen, train a grande vitesse, contribue largement au deplacement des foules. Quelques heures plus tard, nous voici arrives a Nikko ou a la nuit tombee, notre sympathique hotesse du Nikko Narusawa Lodge, vient nous chercher a la gare dans sa Mini Cooper rouge vif au son de Chris Rea. Pimpante avec son bonnet visse sur la tête, elle nous rappelle avec humour que nous sommes au pied de la montagne et que les nuits sont fraiches ici en mai.


le Shinkansen, TGV japonais

Nikko est une escale bucolique, un poumon de verdure a seulement deux heures de Tokyo. Avant de plonger dans l’immense capitale, rien ne vaut donc un bon bol de chlorophylle ! La petite ville s’etire le long de la riviere Daija Gawa et est dominee au nord par quelques monts aux cimes enneigees brillant sous le soleil. La bourgade un peu endormie et vieillotte nous invite a partir pour une belle randonnee.

Trente kilometres plus au nord, nous enfilons nos chaussures de marche pour une balade de cinq heures depuis le charmant petit lac Yumoto jusqu’au lac Chuzenji-ko. Plonges dans un calme profond tout juste perturbe par la clameur des oiseaux, nous traversons des forets, puis de grandes etendues marecageuses. Les tableaux sont changeants et de belles cascades, notamment les chutes Yudaki et Ryuzu, soulignent le paysage. Malgre le prix eleve du voyage en bus aller-retour pour atteindre les lieux (5.300 yens pour deux personnes), cette magnifique randonnee se revele etre tres bien balisee et vaut grandement le detour.


le lac Yumoto, non loin de Nikko







A Nikko, les 17 et 18 mai, se tient chaque annee le festival du sanctuaire Tosho-gu. Aussi, en plus de la visite des temples de la ville, ne nous est-il pas permis de manquer cette occasion de decouvrir une nouvelle procession de mille guerriers dont les samourais forment l’attraction principale. Deja, cependant moins dense que celle rencontree a Kyoto, une foule s’affaire, attendant patiemment le defile. Le temps est au beau fixe et on apercoit au loin les habits traditionnels et colores des premiers participants. A leur passage, la parade reste silencieuse mais le moment est magnifique.

   
Nikko - le festival du sanctuaire Tosho-gu




Nikko - le festival du sanctuaire Tosho-gu

Nous sommes ravis d’un tel depaysement avant de visiter le sanctuaire du Tosho-gu, veritable prouesse baroque de l’epoque Momoyama au 16eme siecle. Le Yomei-mon, litteralement “portail de la lumiere du soleil” et symbole des lieux, est sculpte de cinq cents effigies animales. Ce sanctuaire shinto est accompagne de temples non moins interessants comme le Rinno-ji, mais surtout leTaiyu-in qui, du haut d’une terrasse blottie dans les bois, domine un escalier majestueux a angle droit.


Nikko - le portail de la lumiere du soleil, temple Tosho-gu

Deja, nous sentons qu’il est bien difficile de quitter la spiritualite Shinto. Elle nous surprenant par son recueillement et sa ferveur. Tokyo apparait pourtant en pointe de mire depuis le debut de notre voyage et voila que nous entamons notre derniere etape apres six mois de periple. Nos sentiments sont alors partages entre la febrilite de decouvrir l’une des plus grandes capitales du monde et la tristesse de finir notre route la-bas.

Publié dans Japon

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